dimanche 22 juillet 2007

La CNT lance une campagne d'affichage représentative de leurs militants.


La question est surtout de savoir si rien n'a choqué nos militants anarchistes pendant leur séance de collage ...
Ils n'auront que ce ils prendront !

21 commentaires:

  1. Prendont-ils...une bonne branlée ?

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  2. On sent tout de suite le côté réfléchi du gauchiste

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  3. Notez que ces sales gauchistes ne savent même pas écrire : "Nous n'aurons que CE NOUS prendrons" au lieu de "Nous n'aurons que CE QUE NOUS prendrons". Pfff... ! pauvres gôôôôchistes... Décidément super cons !

    Surtout, cette affiche montre bien le cractère intrinsèquement violent d'un gauchiste : arracher par la force, faire violence, utiliser l'agression physique pour obtenir ce qu'on veut... bref, un peu comme des gosses de bas âge à qui on n'a pas appris à bien se tenir. Sauf que dans une démocratie, ce comportement est beaucou plus grave.

    Cette affiche veut aussi faire croire que seules les "luttes", les grèves, la "révolution" permettrait une amélioration des conditions des travailleurs. Or, cette légende gauchiste est totalement réfutée par les FAITS : lisez donc cet article que j'ai trouvé sur un site consacré à l'HISTOIRE :

    http://thucydide.over-blog.net/article-6729346.html

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  4. les congés payés obtenus comment en 36?
    Les accords de Grenelle en 68?
    nous avons eu que ce que nous avons pris...

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  5. Mais oui mon p'tit gauchiste, c'est bien, t'as raison.

    Un conseil : lis donc des livres d'HISTOIRE (et pas Télérama ou le Monde diplomatique, ou encore le négationniste antisémite Thierry Meyssan...) Lis ! Ah oui ! mais pour ça, il faut déjà savoir lire, ce qu'un gauchiste ne semble pas capable de faire...

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  6. anonyme répond anonyme
    certifié d'Histoire, je prépare cette année l'agrégation!
    sans être un gauchiste, je reconnais que de nombreuses conquètes sociales ont été obtenues par des grèves: les 2 exemples que je cite en sont l'illustration (merci de m'expliquer pourquoi du conteste ceci, avec une véhémence peu appropriée)

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  7. Môôôôsieur le certifié et agrégatif ! Tu m'impressionnes, là, arrête, j'vais aller me cacher... Pierre Bourdieu était prof au Collège de France, lui, et ce terroriste intellectuel, cette crevure, balançait des conneries qu'on ne tolérerait pas chez un journaliste stagiaire ! Alors tes titres, Môôôsieur l'apologiste de la violence, tu peux te les foutre où je pense...

    Je ne savais pas que les grévistes de 1936 s'étaient mobilisés pour les congés payés... Un conseil, Môôôôsieur le certifié : relis tes livres d'histoire...

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  8. Ben alors, il répond pas Môôôôôsieur le Certifié ?

    La branlette intellectuelle c'est le fort des gôôôchistes-criminels mais pour argumenter, y a plus personne !

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  9. Nul ne répondra sur le fond. C'est difficile d'argumenter intelligemment face à une connerie aussi bornée. On te laisse seul répandre ta chiasse mentale et relire tes bouquins tellement rigoureux et pertinents de Jean Sévilla (ça c'est un vrai livre d'Histoire, écrit par quelqu'un de vraiment compétent !).
    On ne saura donc jamais ce que Bourdieu venait faire dans ce brillant échange. Snif. Tant pis, un critique aussi intéressant et documenté de la pensée bourdieusienne...

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  10. En 36, les congés payés ont été obtenus après la grève générale!

    Or les congés payés n'étaient pas au programme des partis au gouvernement(SFIO, radicaux).
    Sans cette grève, pas de congés payés (même s'ils ne sont pas à l'origine du mouvement)
    ces faits sont ils contestables?

    Si oui, merci de répondre sans injures mais avec des sources précises! merci!

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  11. Le communisme est INTRINSEQUEMENT criminel, comme la pratique CONSCIENCIEUSE ET IMPARTIALE de l'histoire le PROUVE !



    Lisez-donc, les merdeux de la gauche totalitaires-ultraviolente-criminelle !



    Partout où les communistes prirent le pouvoir, au XXe siècle, ils instaurèrent des régimes meurtriers. Alors que le marxisme, dont ils se réclamaient, promettaient la libération et le bonheur de l’humanité. Comment comprendre ce paradoxe ? Une doctrine a priori libératrice, humaniste, préconisant un avenir radieux, a donné lieu à un totalitarisme extrêmement meurtrier. Loin d’être une trahison du marxisme, les régimes communistes qui se mirent en place au XXe siècle en reflètent au contraire l’essence même.


    On ne juge pas sur les intentions


    Rappelons les grandes lignes du marxisme. Pour Marx et Engels, toute l’histoire de l’humanité se résume à une lutte des classes, une lutte entre dominants et dominés. Le marxisme croit donc au sens de l’histoire. Au XIXe siècle, la classe bourgeoise domine celle des prolétaires. Selon le marxisme, le capitalisme, qui est l’exploitation de l’homme par l’homme, est appelé à mourir fatalement en raison de ses propres contradictions : c’est une certitude scientifique – on appelle d’ailleurs le marxisme socialisme scientifique. La classe des prolétaires doit renverser l’ordre bourgeois par la révolution et instaurer la dictature du prolétariat en supprimant la propriété privée, qui est la base de l’exploitation, et en muselant la bourgeoisie. L’Etat s’appropriera donc tous les facteurs de production et d’échange : ce sera la phase du socialisme. Alors, l’Etat devra dépérir et c’est ainsi que naîtra la société idéale, égalitaire, où l’humanité sera débarrassée du capitalisme et vivra réconciliée avec elle-même : ce sera le communisme et la fin de l’histoire.

    Le communisme est donc associé à une libération d’une partie de l’humanité, à quelque chose de positif. Si bien que les régimes communistes du XXe siècle sont considérés comme des perversions du marxisme : une « bonne » doctrine aurait été « mal » appliquée. Mais ce point de vue consiste à juger le communisme sur ses intentions, sur ce qu’il était censé faire. Or, on ne juge pas sur des intentions, aussi bonnes soient-elles. Nous venons déjà de le voir : le marxisme distingue bien la fin – le communisme, l’idéal – et les moyens – le socialisme, la dictature du prolétariat. Il est absurde de juger sur l’idéal de départ, sur les intentions, car l’utopie, par définition, n’existe pas, elle est irréelle. Le mot utopie, en effet, est composé du radical issu du grec topos (« lieu ») et du préfixe privatif u-. Littéralement, l’utopie est donc le « non lieu », le « lieu qui n’existe pas ».

    Fatalement, donc, la réalité ne peut jamais correspondre à l’utopie puisque cette dernière est, précisément, irréelle. Par conséquent, l’argument semble en béton : on juge quelque chose qui a réellement existé par rapport à une fiction, quelque chose qui n’existe pas. Il est donc facile de parler de « trahison ».

    La thèse selon laquelle la réalité aurait dévoyé l’idéologie marxiste tient un raisonnement circulaire qui repose sur un postulat non démontré. Ce postulat tient pour acquis que la société idéale existe réellement et qu’elle pourra être réalisée. Mais le postulat aurait du être démontré, on aurait du voir au XXe siècle des sociétés communistes réussir. Or, aucune n’a réussi et tous les régimes communistes ont produit la destruction et la mort de masse. La thèse du « dévoiement » du marxisme se base donc sur un postulat que l’expérience historique a totalement réfuté. Elle refuse, en définitive, de prendre acte des faits et se réfugie derrière l’argument facile et inattaquable des bonnes intentions, de l’utopie.

    Il nous semble, au contraire, que le communisme est intrinsèquement criminel, c’est-à-dire que le meurtre de masse, la violence organisée, la haine des libertés individuelles constituent l’essence même du marxisme. Le communisme élaboré par Marx et Engels devait aboutir aux régimes qui se sont mis en place au XXe siècle sous Lénine, Staline, Mao Zedong, Castro, Kim Il-Sung ou Mengistu. C’est ce que nous allons essayer de montrer.


    Une doctrine intrinsèquement bonne qui produit systématiquement son propre contraire ?


    Considérons d’abord l’expérience du XXe siècle, celle du communisme tel qu’il a été. Ce qui est frappant, c’est que partout et de tout temps, à chaque fois que les communistes prirent le pouvoir, ils instaurèrent des régimes totalitaires. Ce fut la seule et unique forme de communisme au pouvoir ayant existé.

    Sans être exhaustif, prenons quelques exemples. En 1917, dès que les bolcheviks prennent le pouvoir, un régime totalitaire est instauré : parti unique, premiers camps du Goulag, idéologie officielle, suppression de la propriété privée des facteurs de production et d’échange, création d’une police politique, la Tchéka, abolition des libertés individuelles, et exécutions sommaires, entre autres. Ce scénario se retrouve, inlassablement, dans chaque pays où les communistes prirent le pouvoir.

    Ainsi, en décembre 1945, le parti communiste prend le pouvoir en Corée du Nord. En mars 1946 les terres sont confisquées puis, en août, sont nationalisés les moyens de production et d’échange : banques, industries et transports. Les libertés individuelles sont supprimées, le régime du parti unique est instauré, des camps de concentration sont créés et le culte de la personnalité est un autre point commun avec Staline.

    Mao Zedong prend le pouvoir en Chine en 1949 et instaure lui aussi un régime totalitaire. C’est un régime de parti unique, avec des camps de concentration, une économie socialiste et une extermination de masse avec, par exemple, l’assassinat de cinq millions de personnes en seulement deux ans, de 1950 à 1952.

    Au Cambodge, les communistes prennent le pouvoir le 17 avril 1975. Dès lors se met en place un régime totalitaire : les libertés individuelles sont détruites, la surveillance mutuelle est renforcée pour contrer les éléments « contre-révolutionnaires », la population anéantie est soumise, les facteurs de production et d’échange sont nationalisés. De plus, les communistes accomplissent un véritable génocide en exterminant, en seulement quatre ans, le quart de la population cambodgienne.

    À Cuba, les communistes conquièrent le pouvoir en 1959. Là encore, le scénario se répète. Castro instaure la dictature du parti unique, supprime toutes les libertés individuelles, fait assassiner les opposants. Il nationalise les banques et les industries, procède à la collectivisation des terres et exproprie les entreprises étrangères. Il fait enfin régner la terreur dans le pays, comme dans les autres Etats communistes.

    En Ethiopie, c’est encore et toujours le même scénario qui se déroule. Comme à chaque fois, les communistes, quand ils prennent le pouvoir en 1974, assassinent tous les opposants. Comme à chaque fois, ils procèdent à la collectivisation des terres et nationalisent les industries et les banques. Comme à chaque fois, le régime totalitaire se caractérise par le parti unique et la terreur de masse. En somme, on retrouve, là comme ailleurs, tous les critères des régimes communistes.

    Ce que nous avons voulu souligner, c’est que les exécutions massives, la destruction de populations entières et l’instauration de régimes extrêmement répressifs sont les fondements de tout pouvoir communiste, et ce, dans n’importe quel contexte. Sous n’importe quelle latitude, à n’importe quelle époque du XXe siècle et dans n’importe quel contexte politique et culturel, le communisme déroule invariablement le même scénario. De la Russie de 1917 à la Chine de 1949, du Cuba de la fin des années 1950 au Cambodge des années 1970 et de la Corée de 1945 à l’Éthiopie de 1974, la mise en place du communisme se répète exactement de la même manière, selon les mêmes modalités. Le communisme au XXe siècle est donc la seule vérification expérimentale du marxisme que l’on puisse avoir. Et la vérification par l’expérience semble montrer des dispositions criminelles propres au communisme.

    Ainsi, il n’est pas possible de soutenir qu’une doctrine intrinsèquement bonne ait systématiquement produit son contraire. Comment défendre l’idée que cette idéologie, bonne par nature, ne se soit incarnée que dans sa propre perversion ? Par quel miracle une doctrine intrinsèquement bonne peut-elle toujours, systématiquement et sans exception aucune, produire le contraire de ce qu’elle dit, comment peut-elle systématiquement s’incarner dans son propre dévoiement ? Si le communisme n’a rien pu produire d’autre que des régimes criminels, c’est peut-être plutôt parce qu’il n’en était pas capable. Cette criminalité systématique, invariable malgré les contextes les plus divers, semble être le signe que l’idéologie communiste ne peut s’incarner que de cette manière-là. Autrement dit, le communisme révèle ainsi son essence même.

    Aussi faut-il s’attarder plus longuement sur le communisme en tant que doctrine. Il est possible de déceler dans le marxisme, dans sa conception même, de nombreux éléments d’essence totalitaire, antidémocratique et criminelle.


    Marx, « l’inventeur de la Solution finale » (E. Nolte)


    Un premier élément d’essence totalitaire réside dans la conception marxiste de la révolution. En effet, la conception du marxisme est que l’amélioration progressive de la société est impossible par la réforme graduelle. La seule manière de progresser, c’est la révolution, c’est-à-dire la destruction totale de l’ordre actuel de manière violente pour repartir de zéro. La violence, selon le marxisme, est inévitable. Il faut tout détruire pour permettre la réalisation de l’avenir radieux promis par Marx et Engels. Selon les marxistes, la régénération de l’homme, doit être accomplie en s’emparant par la violence de l’Etat.

    Jean-Paul Sartre, l’un des compagnons de route les plus illustres du communisme, déclara en 1973 : « Un régime révolutionnaire doit se débarrasser d’un certain nombre d’individus qui le menacent, et je ne vois pas d’autre moyen que la mort. On peut toujours sortir d’une prison. Les révolutionnaires de 1793 n’ont probablement pas assez tué. » [1] Sartre justifiait ainsi les crimes de masse par le fait que la nature même du régime l’exige, un régime révolutionnaire. Dans ce type de régime, il est souhaitable d’assassiner des personnes, les « contre-révolutionnaires ». En effet, à partir du moment où les révolutionnaires veulent tout détruire, tout ce qui s’oppose à eux est nécessairement perçu comme un obstacle à anéantir. La révolution instaure donc une conception manichéenne des choses : les bons contre les mauvais, le bien contre le mal, les révolutionnaires contre les contre-révolutionnaires. Il n’y a pas de demi-mesure. Car la révolution, par définition, suppose un changement brusque et total. Or, c’est bien Marx et Engels qui préconisent la révolution, c’est-à-dire la méthode violente, pour instaurer le communisme.

    Dans le Manifeste du Parti communiste, publié en 1848, Marx et Engels affirment ainsi que la lutte des classes est « la guerre civile plus ou moins latente au sein de la société actuelle, jusqu’au point où elle éclate en révolution ouverte et où le prolétariat jette les fondements de sa domination par le renversement violent de la bourgeoisie ». Selon eux, la démocratie est le libre-échange, le pouvoir du commerce et de la bourgeoisie. La liberté n’est revendiquée que par ceux qui peuvent en profiter. Pour survivre, le prolétariat n’a pas d’autre choix que d’utiliser la méthode violente pour bouleverser l’ordre établi. Le socialisme est le développement des moyens de production, le triomphe de l’Etat comme organe « officiel » du prolétariat. [2] Le renversement du capitalisme doit se faire par la révolution. Ainsi, l’ouvrage se conclut par ces mots : « Les communistes déclarent ouvertement qu’ils ne peuvent atteindre leurs objectifs qu’en détruisant par la violence l’ancien ordre social. »

    C’est sous l’influence de la Commune, en 1871, que Marx considère la dictature du prolétariat comme une forme politique à part entière et non plus comme une simple stratégie de pouvoir. [3] La révolution est un moyen, la violence est nécessaire. Marx pensait que l’erreur des insurgés avait été de s’emparer des institutions existantes au lieu de les balayer par la situation révolutionnaire. Ils ne furent pas suffisamment déterminés dans leur entreprise violente. [4]

    C’est exactement la même aspiration à la violence que reprend Lénine. En 1908, dans Les leçons de la Commune, il expliqua que le premier acte de tout gouvernement révolutionnaire doit être d’instaurer la terreur. En 1871, le prolétariat français avait été d’une « générosité excessive » alors qu’il aurait du « faire périr ses adversaires ». [5] C’est aussi le point de vue de Marx, comme on l’a vu. En août-septembre 1916, Lénine écrivit : « À la guerre bourgeoise impérialiste, à la guerre du capitalisme hautement développé, ne peut objectivement être opposée, du point de vue du progrès, du point de vue de la classe d’avant-garde, que la guerre contre la bourgeoisie, c’est-à-dire avant tout la guerre civile du prolétariat contre la bourgeoisie pour la conquête du pouvoir, guerre sans laquelle tout progrès sérieux est impossible. » Cette « guerre civile pour le socialisme » est « aussi une guerre, par conséquent elle doit aussi ériger inévitablement la violence au lieu et place du droit. […] Le but de la guerre civile est de s’emparer des banques, des fabriques, des usines, etc., d’anéantir toute possibilité de résistance de la bourgeoisie, d’exterminer ses troupes. » Et en octobre 1917, il affirma : « Cette guerre pourra être violente, sanguinaire, elle pourra coûter la vie de dizaines de milliers de propriétaires fonciers, de capitalistes et d’officiers qui épousent leur cause. Le prolétariat ne reculera devant aucun sacrifice pour sauver la révolution. » [6] Il déclara encore qu’il voulait « épurer la terre russe de tous les insectes nuisibles, les poux et les punaises qui l’infestent » [7]. Les plus menaçants sont les koulaks, ces « buveurs de sang » contre lesquels, dit-il au printemps 1918, il faut livrer « une guerre sans merci » [8] C’est exactement ce qui fut mis en application, non seulement en Russie, mais aussi partout où les communistes prirent le pouvoir. Et c’est bien dans la pensée de Marx que l’on trouve cette violence.

    Par conséquent, le marxisme, en prônant la révolution, est bien une doctrine extrêmement radicale, qui préconise la violence dans le but d’instaurer la société idéale. La révolution implique nécessairement la terreur. Car cette dernière est justifiée par le danger de « contre-révolution ». La pensée marxiste comporte une radicalité et une violence réelles. D’ailleurs, Proudhon et Bakounine, lorsqu’ils avaient l’occasion de discuter avec Marx, demandaient à ce dernier pourquoi il donnait l’impression d’être en face d’ennemis à tuer, ce qui est significatif. Et en écho à cette intolérance violente de Marx, Lénine déclara : « Les mencheviks me disent : "Permettez-nous de dialoguer avec vous" et moi je leur dis : "Permettez-nous de vous coller au mur." » [9]

    La révolution, de par sa radicalité qui oblige à se positionner clairement, mène nécessairement à la terreur : on est pour ou contre la révolution. Lénine exprima bien cette idée quand il affirma que la terreur vise « les éléments hésitants et nuisibles de notre propre milieu », « les individus coupables d’indiscipline », « les éléments instables et inconséquents de la masse laborieuse elle-même » [10]. La révolution, préconisée par Marx, constitue donc bien un élément faisant du marxisme une idéologie intrinsèquement violente. Dans une société de classe, la légitimité révolutionnaire est donc dans le prolétariat et pas dans le peuple.

    Un autre élément de nature criminelle qui compose le marxisme est sa volonté de supprimer un groupe humain bien défini, la bourgeoisie. En effet, c’est Marx qui, selon les mots d’Ernst Nolte, « est l’inventeur de la Solution finale puisqu’il préconise la disparition de la bourgeoisie en tant que classe » [11]. Le marxisme recommande donc bien l’extermination collective d’innocents appartenant à un groupe déterminé : les bourgeois sont les ennemis de classe à abattre. On comprend alors mieux les appels au meurtre qui peuvent en découler.

    Ainsi, un certain G.D.H. Cole écrivit : « le prolétariat a le droit et le devoir d’utiliser tous les moyens et de commettre toutes les actions propres à le mener à l’écrasement de ses ennemis de classe » [12]. Quant à Bernard Shaw, dans sa préface à son livre intitulé On the rocks, il encourageait l’Union soviétique à exterminer des personnes. Il réclamait une extermination « fondée sur des bases scientifiques ». En effet, l’assassinat des masses possédantes était considéré par lui comme un acte « tout à fait raisonnable et absolument nécessaire » étant donné que rien ne pourrait les guérir de leur instinct capitaliste. [13]

    Le romancier russe Maxime Gorki, adepte des idées socialistes et révolutionnaires, écrivit : « La haine de classe doit être cultivée par les répulsions organiques à l’égard de l’ennemi, en tant qu’être inférieur, un dégénéré sur le plan physique, mais aussi moral. » De fait, les communistes décidèrent dès 1916 d’exterminer « la bourgeoisie en tant que classe ». Et ils mirent en pratique cette idée, en appliquant le terme de « bourgeois » à tous les opposants [14]. Staline, le 27 décembre 1929, lorsque commence la collectivisation forcée, décida d’exterminer les koulaks « en tant que classe », en réalité, tous ceux qui s’opposaient à ses décisions. [15] Ces mesures meurtrières « antibourgeoises » trouvent leurs racines dans la pensée marxiste.


    La « dictature du prolétariat »


    La notion de dictature qu’on trouve dans la doctrine marxiste renforce encore l’idée selon laquelle cette dernière est intrinsèquement criminelle. En effet, Marx préconise la dictature du prolétariat lors de la phase transitoire entre la suppression du capitalisme et l’avènement de la société idéale.

    Pourtant, les régimes communistes qui se mirent en place à partir de 1917 furent des dictatures du Parti, et non du prolétariat. A priori, donc, il serait possible de dire que, sur ce point, le marxisme aurait été trahi. Certes, entre Lénine et Marx existe une différence dans la conception de la dictature. Lénine pense à la dictature du Parti unique. Dans une brochure d’octobre 1917, il écrivit que le pouvoir devait revenir aux quelques centaines de milliers de militants du Parti qu’il dirigeait et que la direction du Parti se verrait attribuer le rôle de guide. [16]

    En revanche, pour Marx, tout État étant un État de classe, la « dictature de la bourgeoisie » doit être supplantée par la « dictature du prolétariat ». Dans Le Manifeste du Parti communiste, publié au début de 1848, Marx parlait de « guerre civile larvée » et de la nécessaire « domination du prolétariat ». En juin de la même année, il se montra encore plus radical en parlant de « guerre civile ouverte » et de « dictature du prolétariat ». [17]

    Et sur ce point, Lénine partage les vues de Marx. En effet, dans La révolution prolétarienne et le renégat Kautzky, publié en 1918, il nota par exemple : « L’Etat est aux mains de la classe dominante, une machine destinée à écraser la résistance de ses adversaires de classe. Sur ce point, la dictature du prolétariat ne se distingue en rien, quant au fond, de la dictature de tout autre classe. […] La dictature est un pouvoir qui s’appuie directement sur la violence et n’est lié par aucune loi. La dictature révolutionnaire du prolétariat est un pouvoir conquis et maintenu par la violence, que le prolétariat exerce sur la bourgeoisie, pouvoir qui n’est lié par aucune loi. »

    Mais qu’elle soit du prolétariat ou du Parti, une dictature reste une dictature. Marx pense que la dictature du prolétariat doit prendre appui sur la violence organisée. Lénine, lui, parle de « terreur de masse » pour désigner le mode de gouvernement des communistes. [18] En outre, Marx n’a jamais défini concrètement ce que serait un Etat ou même un gouvernement communiste, et il ne fut jamais en situation de pouvoir. Il est donc difficile de savoir ce qu’il aurait proposé concrètement pour l’installation de la dictature du prolétariat. Et on peut très bien dire que Lénine a simplement trouvé la solution à ce flou de la pensée marxiste en défendant en 1902, dans son livre Que faire ?, l’idée selon laquelle le prolétariat était exprimé par le parti bolchevique.

    Certes aussi, Marx et Engels n’accordèrent pas autant d’importance au Parti communiste que Lénine. Pour les premiers, il n’était que l’ensemble des ouvriers luttant pour le communisme et parvenant, par ce combat, à la conscience de classe. Pour le second, par contre, le Parti est une véritable machine, celui qui va façonner le prolétariat et qui détient la Vérité. Par conséquent, selon la conception léniniste du Parti, tout débat est inutile, le bavardage est interdit. Mais c’est justement ici que Lénine rejoint la pensée de Marx : le bavardage, les débats sont la manifestation du parlementarisme, c’est la démocratie « bourgeoise »… et c’est ce que déteste aussi le marxisme [19].


    « Le bien, c’est le mal […]. Le mal, c’est le bien » (K. Marx)


    En effet, Marx vomit la démocratie puisqu’elle n’est à ses yeux, nous l’avons vu, que le pouvoir du libre-échange, de la bourgeoisie et du commerce. La démocratie « bourgeoise » est en réalité la « dictature de la bourgeoisie » pour les fondateurs du marxisme. Le parlementarisme est une « source de mystification » [20]. Le marxisme tient donc en horreur ce qui fonde la démocratie : les droits de l’homme. Là encore, l’essence criminelle du communisme se fait jour.

    Marx rejette violemment la philosophie bourgeoise des droits de l’homme. Ce sont les préoccupations égoïstes, individualistes, des hommes qui sont exprimées par ces droits. Dans son article « La Question juive », paru en 1843 dans les Annales franco-allemandes, Marx écrivit en effet : « Aucun des prétendus droits de l’homme ne dépasse donc l’homme égoïste, l’homme en tant que membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire un individu séparé de la communauté, uniquement préoccupé de son intérêt personnel et obéissant à son arbitraire privé. »

    Donc, le droit de propriété, la liberté religieuse, la liberté de parole, la liberté d’opinion, la liberté d’association… toutes ces libertés ne sont que des libertés « formelles ». Le droit tel qu’il existe dans les démocraties existe pour masquer les inégalités. [21]

    En 1864, Marx écrivit à Engels pour lui livrer l’impression, visiblement désagréable, qu’il avait eue lorsqu’il a rédigé les statuts que l’Association internationale des travailleurs venait d’adopter : « J’ai été obligé d’accepter dans le préambule des statuts deux phrases où il est question de duty et de right, de même que de truth, morality and justice. Je les ai placées de manière qu’elles ne fassent pas trop de dégâts. » [22] En clair, ce qui répugne Marx, ce sont ces inventions « bourgeoises » que sont les « devoirs », les « droits », la « vérité », la « moralité » et la « justice ».

    Enfin, en 1875, le congrès de Gotha vit se décider l’union des socialistes allemands. Ces derniers adoptèrent un programme réformiste, c’est-à-dire visant à transformer les conditions de vie des travailleurs mais dans le cadre de la légalité démocratique. En clair, ils rejetaient la révolution. Marx condamna donc ce programme qui entendait, d’après lui, défendre les intérêts des ouvriers en se basant sur des valeurs issues du droit « bourgeois ». Or, ce droit est l’instrument même de l’exploitation du prolétariat d’après la doctrine marxiste.

    C’est pourquoi Marx expliqua ceci : « Le bien, c’est le mal, en un sens. C’est ce qui doit être éliminé. C’est ce qui s’oppose au progrès des relations interhumaines. Le mal, c’est le bien, puisqu’il produit le mouvement qui fait l’histoire en continuant la lutte. » [23] La conception marxiste de la révolution considère les droits de l’homme comme un mal car ils freinent la révolution. L’argumentation fut reprise par Trotski dans Leur morale et la nôtre, livre dans lequel il oppose la morale « bourgeoise » à la morale « prolétarienne ».

    Ce rejet pur et simple des droits de l’homme, cette opposition entre des libertés dites « formelles » et des libertés dites « réelles » a quelque chose d’extrêmement dangereux. Ce danger fut bien exprimé dans un article du Monde, intitulé « Les intellectuels et le pouvoir » : « Il n’y a pas de libertés "formelles" qu’on puisse supprimer, fût-ce provisoirement, au nom des libertés "réelles" ou "futures" sans d’immenses dangers […] La violence fait partie de notre monde et nous n’avons pas l’illusion qu’elle puisse disparaître rapidement. Mais constater son rôle dans l’Histoire […] n’autorise pas à en faire l’apologie ni à la justifier en tout cas. » [24]

    Et ce danger se concrétisa lorsque le communisme prit le pouvoir. Lénine appartenait bien à la tendance la plus antidémocratique du mouvement ouvrier. Il considérait le suffrage universel comme une ruse de la bourgeoisie, que « la République bourgeoise la plus démocratique n’est rien d’autre qu’un appareil permettant à la bourgeoisie de réprimer la classe ouvrière, permettant à une poignée de capitalistes d’écraser les masses laborieuses ». [25] Ce rejet de la démocratie et de ses règles exprimé par Lénine, on le décèle déjà chez Marx. Dès qu’ils sont arrivés au pouvoir, les bolcheviks étaient convaincus qu’ils pouvaient s’affranchir des règles du jeu démocratiques car ces règles étaient des règles « bourgeoises », qui n’avaient plus leur place dans le système prolétarien. [26] Et partout où les communistes prirent le pouvoir, nous l’avons vu, ils instaurèrent des régimes férocement antidémocratiques. Cette aversion pour les libertés individuelles, ces libertés dites « formelles », fut encore exprimé par Jeannette Vermeersh-Thorez, la veuve du secrétaire général du PCF Maurice Thorez : elle osa en effet déclarer que les habitants de l’URSS étaient « mille fois plus libres » que les Français [27] : ces derniers vivaient dans une démocratie « bourgeoise » tandis que les Soviétiques, eux, connaissaient le bonheur de vivre dans le pays du socialisme…

    Le rejet des droits de l’homme par le marxisme a une autre explication, avancée par le philosophe français Raymond Aron. Le communisme, par définition, s’oppose à l’individualisme, c’est-à-dire à la conception selon laquelle l’individu constitue une réalité première, essentielle et fondatrice de toute valeur. Dans cette conception, chaque individu possède les mêmes droits : ce sont les libertés individuelles, celles qui s’appliquent à chaque individu. Le communisme, au contraire, est un collectivisme qui, comme son nom l’indique, entend donner le primat au collectif. On devine alors l’essence totalitaire d’une telle conception : le marxisme entend nier l’individu, le détruire, en l’absorbant dans la collectivité. L’individu et ce qui s’y rattache, ses droits, sont par conséquent incompatibles avec la société idéale voulue par Marx et Engels. En effet, l’individu représente la singularité et, donc, la déviance par rapport à l’ordre collectif. La personnalité propre à chaque individu doit être broyée, inexistante. Tout doit être mis en œuvre pour éviter que l’individu menace ainsi l’égalité parfaite instaurée dans la société sans classe. En ce sens, le marxisme est donc bien une idéologie intrinsèquement totalitaire : la suppression des droits de l’homme vise ni plus ni moins à détruire l’individu.

    Adolphe Franck, dans Le Communise jugé par l’histoire [28], cita le Code de la nature de Morelly pour dire que ce dernier avait appelé à la suppression de la propriété privée et, donc nécessairement, à l’abolition des libertés individuelles. L’opuscule de Morelly, rédigé en 1755, était une prémonition du système de Lénine et Staline : il prévoyait d’ôter la liberté d’expression à tous ceux qui réclameraient la restauration du droit de propriété et d’élever tous les enfants en commun selon des règles imposées par l’État. [29] On voit donc bien ici l’aspect totalitaire d’une société communiste.

    Pierre Hassner a donc tout à fait raison de souligner que le communisme se caractérise par son rejet déclaré des libertés individuelles. [30] Cette aversion vis-à-vis de la démocratie, ce rejet violent des droits de l’individu sont des éléments qui illustrent la nature intrinsèquement criminelle du communisme.

    Ainsi, à ce stade de notre argumentation, il est déjà possible de tirer un premier enseignement, que l’on peut résumer par la phrase de Dominique Colas : « "Le marxisme-léninisme" a en commun avec le marxisme de Marx la thèse du caractère nécessaire de la guerre entre classes. Également le rejet absolu de la valeur de la démocratie représentative et des droits de l’homme traités en illusions mystificatrices. » [31] Au fond, le marxisme-léninisme ne peut pas être considéré comme une trahison du marxisme.


    Le but du marxisme : créer un homme nouveau, une cité idéale


    Nous l’avons rappelé plus haut, le marxisme est persuadé de connaître le sens de l’histoire et professe la fin de la société de classes, la fin des inégalités, la fin des conflits, la fin de l’Etat et la fin de l’histoire, c’est-à-dire la réalisation de la société idéale, parfaite. Le marxisme est donc une idéologie visant à réaliser une utopie. Ainsi, un cours de marxisme tenu par des professeurs, au sein du PCF, dans les années 1950, contenait ces mots : « Il est difficile de se représenter entièrement ce que sera cette nouvelle société, mais il y a des choses que l’on peut affirmer. Dans la société nouvelle, il n’y aura plus de prisons. Bien entendu, il n’y aura plus d’églises. Il n’y aura plus d’armée. Il n’y aura plus de crimes. Il pourra y avoir des malades, on les soignera. Toute idée de contrainte disparaîtra. Les hommes auront tout à fait le sentiment qu’ils sont débarrassés, dégagés de tout ce qui faisait autrefois leur servitude. Ce seront des hommes absolument nouveaux. […] Quand on sait que l’on est dans cette voie et que cette voie est celle de l’évolution humaine qui apportera aux hommes la fin de tant de misères, que c’est la voie scientifique, la voie certaine, on a le sentiment que l’on combat pour la plus grande des causes. » [32] La création de « l’homme nouveau », voilà le but du marxisme.

    Or, cette dimension utopique est un élément qui reflète encore la nature intrinsèquement criminelle du communisme. Car, comme l’a bien dit Claude Imbert le 17 septembre 1991 sur Europe 1 : « Ceux qui veulent faire le bonheur de l’humanité ne font jamais le bonheur des hommes. Ceux qui rêvent d’un système idéal d’égalité commencent en équarisseurs et finissent en nomenklaturistes. »

    Eugène Richter, dans son livre intitulé Où mène le socialisme ?, publié en Allemagne en 1891 et en France en 1895, décrivait les conséquences néfastes de l’utopie si elle venait à prendre le pouvoir [33]. Alfred Sudre publia en 1849 une Histoire du communisme. Réfutation historique des utopies socialistes [34]. Il soulignait que la volonté des socialistes d’émanciper les masses était une illusion car une nation qui confierait toute l’autorité économique à quelques gouvernants aboutirait inéluctablement à une tyrannie. Et c’est ce qui se produisit effectivement au XXe siècle. Surtout, il écrivait que l’acharnement des philosophes de l’antiquité à bâtir la cité idéale les mena à des erreurs monstrueuses.

    Quant à Jacques Rossi, qui fut enfermé au Goulag de 1937 à 1956, il déclara : « Le marxisme étant une utopie ne peut être réalisé autrement que par la violence et par la terreur. » [35] Dans son Manuel du Goulag. Dictionnaire historique, Jacques Rossi souligne bien que le « goulag servait de laboratoire au régime soviétique, dans le but de créer une société idéale : garde-à-vous et pensée unique ». Il ajoute encore : « Le goulag n’était pas une aberration ou une déviation, c’était l’essence même du système. » Car le but de l’utopie est de créer un « homme nouveau ». La violence est donc nécessaire dans la mesure où une fois que tous les ennemis auront été éliminés, il ne restera que des hommes « nouveaux », « régénérés ».

    Dans son essai sur Max Weber, Karl Jaspers relata la discussion entre Weber et Schumpeter qui eut lieu peu de temps après la révolution d’octobre 1917, étant donné que Weber est mort en 1920 :

    « Les deux hommes se rencontrèrent dans un café de Vienne en présence de Ludo Moritz Hartmann et de Felix Somary. Schumpeter souligna combien la révolution socialiste de Russie lui procurait une grande satisfaction. Désormais, le socialisme ne se bornerait plus à un programme sur le papier, il aurait à prouver sa viabilité.
    « Ce à quoi Weber répondit, en témoignant de la plus grande agitation, que le communisme à ce stade de développement en Russie constituait virtuellement un crime, qu’emprunter cette direction conduirait à une misère humaine sans équivalent et à une terrible catastrophe.
    « "Cela se passera tout à fait ainsi", répondit Schumpeter, "mais quelle parfaite expérience de laboratoire".
    « "Un laboratoire où s’entasseront des montagnes de cadavres", répondit Weber fiévreusement.
    « "On pourrait dire la même chose de n’importe quelle salle de dissection" répliqua Schumpeter. » [36]

    On le voit bien : deux des plus grands intellectuels de l’époque, au tout début du régime communiste russe, le sociologue Max Weber et l’économiste Joseph Schumpeter, ne nourrissaient ainsi aucune illusion sur le communisme et étaient d’accord pour en déceler les dispositions criminelles. Les « montagnes de cadavres » dont parlait Weber, on les retrouva effectivement dans les goulags soviétiques, dans le Laogaï chinois, après le génocide au Cambodge [37] ou dans les camps de rééducation nord-coréens… [38]

    Michel Heller et Aleksandr Nekrich publièrent en 1982 L’Utopie au pouvoir [39]. C’était le titre donné à leur histoire de l’URSS. C’était donc affirmer que l’utopie, en politique, est criminelle. Car dans l’impossibilité de pouvoir compter sur la vertu des hommes pour les libérer de leurs chaînes, il faut les enchaîner autrement, pour leur propre bonheur. La fin de l’exploitation de l’homme par l’homme doit passer par la mise en place du monstre totalitaire [40].

    L’utopie est une idéologie totale qui entend remodeler la société sur le patron d’un rêve rationalisé : c’est exactement ce qu’entendait faire le marxisme. En effet, la dimension meurtrière de l’utopie réside dans le fait que cette dernière, de par sa nature même, est inaccessible, irréelle et, donc, irréalisable. Il existera toujours un décalage constant entre le réel et l’utopie, une distance irréductible. Or, le problème est de faire coïncider la réalité avec le rêve. Aussi, lorsque les militants d’une utopie arrivent au pouvoir, ils s’acharnent à vouloir supprimer cette distance, à faire correspondre l’idéal avec la réalité. Le seul moyen est donc d’utiliser la violence, la terreur.

    L’utopie marxiste prétendait s’affranchir de la réalité car elle croyait qu’une société sans conflits et sans classes pouvait exister. La réalité est donc le pire ennemi de l’utopie car elle finit toujours par l’emporter. Dans le jargon psychanalytique [41], le principe de plaisir – ici, l’utopie marxiste – se heurte au principe de réalité. Le seul moyen, par conséquent, pour l’utopie de rester au pouvoir, c’est de faire violence à la réalité. Ainsi, dès que ceux qui prétendent apporter le bonheur prennent le pouvoir, ils s’aperçoivent rapidement qu’ils ne peuvent apporter le rêve annoncé, car la réalité fait obstacle et parce que la distance entre l’utopie et la réalité est, on l’a dit, irréductible. En conséquence, les utopiste sont obligés d’imposer la terreur dans la mesure où, comme l’écrit très bien Michel Winock, « le défaut de vertu est compensé par un surcroît de tyrannie » [42]. Et les obstacles sur lesquels se heurtent les utopistes au pouvoir ne font que les renforcer dans leur conviction qu’il faut imposer la terreur. En définitive, le postulat du parfait en politique est la première marche vers l’enfer [43].

    Une belle phrase de l’éditorial du numéro 217 de la revue L’Histoire a bien résumé le danger que représente l’utopie révolutionnaire communiste ainsi que la distance irréductible entre la réalité et l’utopie : « "changer la vie" ne se décrète pas. Quand on s’y essaie, il faut vite, confronté à l’épreuve du réel, renoncer à la logique de l’imaginaire, ou bien emplir les prisons. » Au XXe siècle, les communistes, au lieu de « renoncer à l’imaginaire », c’est-à-dire leur utopie égalitariste, ont « empli les prisons », mais aussi les camps de concentration et les fosses communes.

    On le voit, l’utopie, l’utopie marxiste en l’occurrence, est meurtrière par essence car c’est au nom des bonnes intentions que l’on commet les crimes. C’est un ancêtre illustre du communisme, Babeuf, qui écrivit : « Un régénérateur doit voir grand. Il doit faucher tout ce qui le gêne, tout ce qui obstrue son passage, tout ce qui peut nuire à son arrivée au terme qu’il s’est prescrit. » [44] Les utopistes au pouvoir sont obligé d’imposer la terreur car l’utopie doit correspondre, à n’importe quel prix, à la réalité. Finalement, l’idée centrale est celle-ci : au nom des bonnes intentions on se permet de commettre les pires crimes. On justifie ces derniers par la fin poursuivie. Trotski, dans son livre Leur morale et la nôtre, ne disait pas autre chose : il revendiquait le principe selon lequel la fin justifie les moyens.


    Un « totalitarisme médiatisé par l’utopie » (Jean-François Revel)


    Le philosophe Jean-François Revel a utilisé une belle expression pour qualifier le communisme : ce dernier fut un « totalitarisme médiatisé par l’utopie » [45]. C’est-à-dire que le communisme annonce le contraire de ce qu’il va effectivement produire. Il s’abrite derrière le masque des bonnes intentions pour commettre ses crimes. En effet, il promettait l’abondance et la prospérité et il produisit la misère ; il promettait la liberté et il produisit des régimes horriblement répressifs ; il promettait le respect de la vie humaine – seulement jusqu’à un certain point tout de même – et pratiqua les exécutions de masse. Cette contradiction était acceptée par les communistes occidentaux et les compagnons de route car l’utopie se situait dans l’avenir. Et si cette confiance dans l’avenir existait, c’est parce qu’existait la croyance en un sens de l’histoire, le sens marxiste de l’histoire : nous avons rappelé, au début de cet article, que le marxisme croit au sens de l’histoire. En définitive, le communisme accomplit le Mal au nom du Bien. Et l’on repense à la phrase de Marx, rencontrée plus haut : « Le mal, c’est le bien »…

    Des exemples significatifs peuvent être donnés. Ainsi, la socialiste britannique Béatrice Webb, à propos des personnes victimes de la famine orchestrée par le pouvoir en Ukraine en 1932, déclara : « On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs, n’est-ce pas ? » [46] On ne peut être plus clair. Une socialiste acceptait le massacre de milliers de personnes – les « œufs » – car elle voyait là un élément incontournable pour réaliser le projet communiste – l’« omelette ».

    Une autre femme qui a aussi accompagné le communisme, Dominique Desanti, admettait dans un témoignage : « Nous savions aussi que les régimes à l’Est étaient très répressifs. Mais nous nous disions qu’il fallait passer par cette "dictature du prolétariat". Que tout cela n’aurait qu’un temps. » [47] Là encore, ses mots sont très explicites : la terreur est nécessaire pour réaliser l’utopie, « il faut » passer par cette étape. Dominique Desanti acceptait la terreur de masse au nom de la société idéale à venir : « tout cela n’aurait qu’un temps »...

    Citons Simone de Beauvoir qui, en octobre 1946, déclara : « L'adversaire de l’URSS use d'un sophisme quand, soulignant la part de violence criminelle assumée par la politique stalinienne, il néglige de la confronter avec les fins poursuivies... Sans doute, les épurations, les déportations, les abus de l'Occupation, la dictature policière, dépassent en importance les violences exercées dans aucun autre pays [...]. Mais les considérations quantitatives sont insuffisantes [...]. On ne peut juger un moyen sans la fin qui lui donne son sens. Le lynchage est un mal absolu, il représente la survivance d'une civilisation périmée. C'est une faute sans justification, sans excuse. Supprimer cent oppositionnels, c'est sûrement un scandale, mais il se peut qu'il ait un sens, une raison... peut-être représente-t-elle seulement cette part nécessaire d'échec que comporte toute construction positive. » [48] Là encore, on retrouve l’idée selon laquelle la fin justifie les moyens ; la « construction positive » communiste exigeait donc, pour Simone de Beauvoir, d’exterminer des êtres humains ou d’en enfermer dans des camps, Goulag ou Laogaï…

    Enfin, le philosophe Merleau-Ponty s’attacha lui aussi à justifier la terreur au lieu de la nier : « Ou bien on veut faire quelque chose, mais c’est à condition d’user de la violence – ou bien on respecte la liberté formelle, on renonce à la violence, mais on ne peut le faire qu’en renonçant au socialisme et à la société sans classes, c’est-à-dire en consolidant le règne du "quaker hypocrite". La révolution assume et dirige une violence que la société bourgeoise tolère dans le chômage et dans la guerre et camoufle sous le nom de fatalité. Mais toutes les révolutions réunies n’ont pas versé plus de sang que les empires. Il n’y a que des violences, et la violence révolutionnaire doit être préférée parce qu’elle a un avenir d’humanisme. » [49] Au nom de l’humanisme, de la société sans classes, Merleau-Ponty admettait les crimes de masse. Notons au passage qu’on retrouve dans ces propos la répulsion de Marx vis-à-vis de la liberté dite « formelle »…

    Comme le dit encore bien Michel Winock, l’utopie, en faisant rêver d’un monde parfait, encourage les révolutionnaires [50]. L’utopie, dans le marxisme, justifie ainsi la révolution et la dictature du prolétariat. Car la fin justifie les moyens. Au nom du bonheur à venir d’une partie de l’humanité, au nom de la réalisation de la société sans classe et de la fin de l’histoire, il faut faire la révolution et instaurer la dictature du prolétariat. Par exemple, Pol Pot était un révolutionnaire convaincu de lutter pour la bonne cause [51]. L’utopie, qui est au centre du marxisme, rend donc ce dernier intrinsèquement meurtrier.

    Ainsi peut s’expliquer l’énigme communiste. Loin d’avoir été une « trahison », une « perversion » du marxisme, les régimes totalitaires qui se sont installés sous l’enseigne du communisme au XXe siècle en reflètent l’essence même.

    Loin de nous l’idée de réduire le marxisme à son seul aspect criminel. L’œuvre de Marx et Engels fut aussi une vaste « entreprise anthropologique et sociologique » [52], mais aussi économique. Et, dans une certaine mesure, elle a pu – et peut encore – servir de grille de lecture des sociétés humaines pour certains analystes.

    Mais considérée sous l’angle d’une idéologie persuadée de connaître le sens de l’histoire et de détenir la vérité scientifique de l’histoire et du capitalisme, cette œuvre porte en elle le monstre totalitaire communiste qui sévira au siècle suivant.





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    [1] Actuel, 1973.

    [2] GUIGOT, André, Marx face à l’histoire, Paris, Milan, p. 31.

    [3] Ibid., p. 46.

    [4] COLAS, Dominique, « Lénine a-t-il trahi Marx ? », in L’Histoire, n° 223, juillet-août 1998, p. 23.

    [5] Cité par WATSON, George, La littérature oubliée du socialisme, Nil Éditions, 1999, p. 180.

    [6] Cité par COURTOIS, Stéphane, « Et Lénine déclare la guerre civile permanente », in L’Histoire, juillet-août 2006, n° 311, p. 71.

    [7] Cité par WATSON, George, Op. cit., pp. 180-181.

    [8] COLAS, Dominique, Op. cit., p. 23.

    [9] HASSNER, Pierre, « "Le communisme a été aussi meurtrier que le nazisme" », in L’Histoire, octobre 2000, n° 247, p. 71.

    [10] MARTINEAU, Pierre-Jean, « C’est la faute à Lénine ! », in L’Histoire, octobre 2001, n° 258, p. 27.

    [11] HASSNER, Pierre, Op. cit., p. 72.

    [12] COLE, G. D. H., A History of Socialist Thought, Londres, 1953-1960, 5 volumes.

    [13] Cité par WATSON, George, Op. cit., p. 178.

    [14] COURTOIS, Stéphane, « Bilan d’une tragédie », in L’Histoire, octobre 2000, n° 247, p. 45.

    [15] Id., « Le plus grand criminel du XXe siècle ? », in L’Histoire n° 273, p. 46.

    [16] COLAS, Dominique, Op. cit., p. 22.

    [17] Ibid., p. 23.

    [18] Ibid., p. 22.

    [19] Ibid., p. 23.

    [20] Ibid., p. 23.

    [21] GUIGOT, André, Op. cit., p. 50.

    [22] MARX, Karl, Misère de la philosophie. Œuvres complètes, La Pléiade, tome I, page 1623.

    [23] MARX, Karl, Ibid., p. 89.

    [24] AUTEUR, « Les intellectuels et le pouvoir », in Le Monde, 4 juillet 1973. Cité par GUIGOT, André, Op. cit., p. 54.

    [25] MARTINEAU, Pierre-Jean, « C’est la faute à Lénine ! », in L’Histoire, octobre 2001, n° 258, p. 27.

    [26] BECKER, Jean-Jacques, « Les fièvres anticommunistes », in L’Histoire, novembre 1997, n° 215, p. 7.

    [27] Citée par DUROSELLE, Jean-Baptiste, L’Europe. Histoire de ses peuples, Paris, Hachette, 1990, p. 618.

    [28] FRANCK, Adolphe, Le Communisme jugé par l’histoire, Paris, 1848.

    [29] WATSON, George, Op. cit., pp. 212-213.

    [30] HASSNER, Pierre, Op. cit., p. 71.

    [31] COLAS, Dominique, Op. cit., p. 23.

    [32] Conclusion d’un cours de marxisme des professeurs J. BABY, R. MAUBLANC, G. POLITZER et H. WALLON, cité par MUCCHIELLI, R., Le Mythe de la cité idéale, Paris, Gérard Monfort, 1982.

    [33] RICHTER, Eugène, Où mène le socialisme ?, Paris, 1895.

    [34] SUDRE, Alfred, Histoire du Communisme : ou réfutation historique des utopies socialistes, Paris, 1849.

    [35] International Herald Tribune, 30 janvier 1995.

    [36] JASPERS, Karl, Three Essays : Leonardo, Descartes, Max Weber, New-York, 1964, p. 222 (traduction française de Commentaire, n° 55, automne 1991).

    [37] Cf. Histoire d’un génocide url : http://thucydide.over-blog.net/article-5032791.html

    [38]Cf. La Corée du Nord : un mouroir url : http://thucydide.over-blog.net/article

    [39] HELLER, Michel et NEKRICH, Aleksandr, L’utopie au pouvoir, Paris, Calmann-Lévy, 1982.

    [40] WINOCK, Michel, « Le grand rêve des utopistes. Le bonheur pour tous ! », in L’Histoire, novembre 1999, n° 237, p. 80.

    [41] Cf. La psychanalyse, l’histoire et la mémoire url : http://thucydide.over-blog.net/article

    [42] Winock, Op. cit., p. 83.

    [43] Ibid., p. 83.

    [44] BABEUF, Gracchus, lettre du 9 ventôse an IV, dans Copie des pièces saisies chez Babeuf, II, 52-55.

    [45] REVEL, Jean-François, La grande parade. Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Paris, Plon, 2000, p. 101.

    [46] Citée par WATSON, George, Op. cit., p.163

    [47] DESANTI, Dominique, « Pourquoi j’ai été stalinienne », in L’Histoire, octobre 2000, n° 247, p. 52.

    [48] Les Temps modernes, octobre 1946.

    [49] MERLEAU-PONTY, Maurice, Humanisme et terreur, Paris, Gallimard, 1947, p. 126.

    [50] WINOCK, Michel, Op. cit., p. 83.

    [51] BROCHEUX, Pierre, « Pol Pot et la destruction du Cambodge », in L’Histoire, octobre 2000, n° 247, p. 67.

    [52] COLAS, Dominique, Op. cit., p. 23.

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  12. merci anonyme pour ce dernier commentaire
    mais il n'entre pas du tout dans la problématique de la discussion engagée, et bientôt close, vue la qualité des interventions.

    Ta dénonciation des crimes communistes, tout le monde l'approuve: tu aimes trop enfoncer des portes ouvertes avec fracas pour saisir cette évidence.

    Toujours est-il que les conquètes sociales en France ont presque toujours été obtenues par de grands mouvements de protestations.
    Exception faite de l'après-guerre ou la forte implantation du Parti communiste français a suffi à imposer des avancées majeures.

    Bref, tel était le thème d'un débat qui aurait pu être constructif, sans tes obsessions maniaques.
    Il est tout de même triste de te voir si borné à ton âge... l'ouvertue politique du Nain n'est-elle pas un appel à l'ouverture d'esprit?
    Bonne route

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  13. Mais oui petit connard ! C'est toi l'obsédé qui répète sans démontrer que toutes les lois sociales ont été permises par la violence gauchiste.

    Et toi, connard, tu ne LIS PAS ce que j'ai mis en lien, cela se VOIT petit gauchiste de mes 2 ! Pff, sale communiste, va !

    http://thucydide.over-blog.net/article-6729346.html

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  14. Des merdeux de gauchistes qui oublient un mot, ça se voit de suite. Des gens respectables de l'UNI qui truffent leurs tracts de fôtes dortograf, ça choque personne. Faut vous réveiller les gars, plus j'en lis ici et plus vous avez l'air ridicules à vous attaquer à vos adversaires par les moyens les plus bas possible.

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  15. "Tous les moyens sont bons"
    Mais là, avoue que c'est tellement flagrant qu'on peut se demander si eux même l'ont remarqué ...

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  16. Quel concentration de haine nous pouvons lire ici !
    Je ne suis certainement pas communiste, encore moins anarchiste, mais lire dans vos commentaires l'utilisation du mot "gauchiste" comme synonyme de "criminel" et de voir à quelle point cette haine aveugle et animale vous anime, cela me terrifie.

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  17. Moi ca me fait rire.
    Et je comprend pourquoi ils ont pas envie que ca pète.
    Personne n'a envie de se faire lyncher par une foule en colère, avec comme épitaphe "allez vous faire foutre avec vos augmentations de salaire".

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  18. La faiblesse du peuple anarchiste, c'est de croire qu'être solidaires de la souffrance libère. L'amour inconditionnel de classe est une belle connerie.
    En vérité, nous sommes tous maîtres et responsables de nos vies, libres de choisir nos camps. C'est la vie qui rend la justice. Plus nous sommes libres, plus elle le fait à travers nous. Paisiblement, subtilement, immanquablement.

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  19. Moi je vous encule tous sales bourgeois fascistes de merde

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  20. La CNT a pourtant raison. L'histoire est ainsi faite. Les insultes ne salissent que ceux qui les expriment.

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  21. N'empêche qu'ils ont esquivé le débat pendant trois pages, c'est vraiment du grand art, et on comprend pourquoi la droite gagne toujours les éléctions.
    Et ce, alors qu'elle va contre les intérêts des travailleurs, c'est à dire la majorité des gens.
    Non, rien à redire, je suis sou-fflé.
    Si Chomsky ou Bourdieu avaient un tel talent pour le baratin, ils seraient maîtres de l'univers puisque qu'un psychotique fasciné par le bling bling peut devenir président.

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