mardi 1 mai 2007

J'ai survécu à un meeting de Ségolène Royal

L’occasion était idéale.
Après les déclarations d’Eric Besson (cf. vidéo en bas) qui a claqué la porte du Parti Socialiste qui, selon lui menait une campagne très à côté de la plaque, j’ai saisi l’occasion d’aller vérifier par moi-même en me rendant le vendredi 27 avril au meeting de Ségolène Royal à Lyon Eurexpo.




Après avoir aperçu une camionnette de l’Uni avec des affiches Sarkozy tournant autour de la salle (cf. vidéo fournie par l'uni Lyon ci-dessous), je me dirige vers l’entrée. Je vois des affiches « Socialisme Impasse Royal » recouvertes à la va-vite par « les jeunes pour Ségolène ».




Devant l’entrée, des jeunes du MJS distribuent des tracts et on me propose de les rejoindre dans un carré jeunes, je réponds que je suis d’accord en échange d’un t-shirt. Le militant fera mine de n’avoir rien entendu en me faisant comprendre qu’il n’y en a pas pour moi, pour ensuite repartir vers les siens.
Ensuite un militant m’aborde en me tendant un tract contre le réacteur EPR, et m’invite à signer et renvoyer la carte incluse parce que « Sarkozy ne l’a pas fait ». J’y penserai.
Je passe donc les portes et j’arrive dans le hall pour me diriger vers les stands. Je regarde les autocollants et là un militant du MJS commence à me présenter son organisation comme « totalement indépendante du PS », je lui demande alors pourquoi l’adresse du siège est la même que celle du Parti Socialiste, question qu’il évite en me proposant des autocollants en échange de mes coordonnées ainsi que mon adresse e-mail.

J’accepte et il me donne également des tracts expliquant pourquoi adhérer au MJS, et surtout pourquoi voter Royal, avec un comparatif point par point sur Nicolas Sarkozy (voir ci-contre). Plus loin, je tombe sur un autocollant estampillé Segosphère où il est écrit « Je veux nettoyer au Kärcher au propre comme au figuré la cité des 4000 », et c’est signé un certain Nicolas S. en bas à gauche.
Bref, en ayant à peine fait 30 mètres, on sent déjà que l’homme à abattre est le candidat de l’UMP.

Je discute avec une personne, lui demandant son pronostique pour le 6 mai. Pour lui c’est sans appel : « Sarkozy est foutu, on a les camarades avec nous, si t’additionnes leurs voix avec les nôtres, on le bat ! De toute façon s’il passe, il aura toute la France dans la rue. ». Je ne savais pas que 62 millions de Français votaient à gauche.
Je me dirige vers la foule pour me fondre dans la masse. A côté de moi beaucoup d’adultes, un prof est devant moi avec sa femme, à ma gauche des filles style H&M qui ne feront que hocher la tête pour acquiescer ce que les intervenants successifs à la tribune diront. C’est la gauche caviar disent certains, en effet.
Le meeting commence par la diffusion sur les écrans d’un film montrant chronologiquement les acquis des femmes au court de l’histoire (droit de vote, IVG etc…), histoire de bien nous faire comprendre que la suite logique c’est évidemment Ségolène Royal. C’est d’ailleurs elle qui apparaîtra sur la vidéo à la fin pour bien appuyer là où ça fait du bien.

Pendant presque 1h30 vont se succéder à la tribune de proches soutiens de la candidate du PS. L’actuel maire de Lyon Gérard Collomb, Jean-Jacques Queyranne, Arnaud Montebourg, Najat Vallaud-Belkacem, Dominique Strauss-Kahn … j’attends donc d’en savoir plus sur le programme socialiste, je vais vite être déçu. Les discours successifs ne parleront que d’une personne, vous avez deviné, Nicolas Sarkozy, à la plus grande joie de la foule. Mon voisin un peu plus loin à gauche en profitera à maintes reprises pour hurler le mot à la mode du moment « facho ». Bref, aucunes propositions concrètes.
Que de belles phrases dont finalement tout le monde ne peut être que d’accord sur le fond : « unissons-nous pour une France plus forte » … voilà quoi …



Le discours de DSK sera sans ambiguïté et témoigne d’un sentiment de supériorité très présent chez tout gauchiste : « Nous devons gagner, nous pouvons gagner, nous allons gagner ! ». La foule est en extase et s’enflamme, une personne derrière moi criera même « Nous avons déjà gagné ! ».
Allez, pour vous faire plaisir, et surtout montrer le degré aussi élevé que le niveau de la mer, voici quelques morceaux choisis :

Belkacem : Comment expliquer aux salariés que leur revenu n’est pas augmenté depuis quatre ans et que, dans le même temps, avec la bénédiction, avec le silence bienveillant du gouvernement de Nicolas Sarkozy, le patron d’Airbus part avec une prime de 8 M€ ?
(…) Je vous le demande ?
Avez-vous l’impression de vivre mieux depuis cinq ans ?
(et la foule de hurler un grand « non » prévisible)

DSK : Dans la société de Nicolas Sarkozy, il y aura des gagnants, mais il y aura surtout des perdants. Sa société, c’est la société des gagnants-perdants, ce que Ségolène Royal nous propose, c’est la société des gagnants-gagnants.

Sa Majesté Montebourg : Mais nous, nous craignons pour la France qu’il y ait les abus de pouvoir de l’homme de Neuilly, l’homme du gouvernement des Hauts-de-Seine. Nous voyons dans l’exercice du pouvoir comment la France risque le démon de la confusion des pouvoirs, le risque de la subordination de tous les autres contrepouvoirs, la presse qu’on cherche à mettre au pas, la justice qu’on tente de mettre sous cloche, les autorités administratives indépendantes qu’on étrangle lorsqu’elles sont indociles, pressions permanentes, tentatives de contrôle, nous avons devant nus le risque pour notre grand pays qu’il soit transformé en petit laboratoire du berlusconisme.

Vous l’aurez compris, la première partie de ce meeting est faite de manière à rappeler à la masse que le méchant c’est Sarkozy, ce sale fasciste qui n’a pas la pensée unique soixante-huitarde avec lui, quel malheur !


On comprend les propos du social-traitre Eric Besson, qui a osé quitter l’équipe de campagne de Royal, dénonçant les forums participatifs bidons et la stratégie mise en place dès le début, à savoir diaboliser un maximum le candidat favori, celui de l’UMP. De ce fait, après ce petit lavage en profondeur, la foule est donc apte à accueillir celle qui sauvera le pays de tous ces fascistes de droite.

La dame arrive de blanc vêtue, lentement mais sûrement, ce qui profite à mon voisin de gauche qui s’excite en hurlant que c’est elle qu’il nous faut. Elle lève les mains en l’air vers la foule plusieurs fois pendant qu’elle approche de la scène, j’ai un peu l’impression de voir un automate par ces mouvements peu spontanés. La musique ridicule également pour son entrée fait très « Les Musclés », finalement l’approche est assez risible.

Le discours en lui-même reprendra l’axe principal des Montebourg et DSK, en ajoutant à cela les mots-clé de cette campagne : France présidente, changement, démocratie participative, état impartial, ordre juste …
Aucunes propositions concrètes sur le fond. Ah si : « Je veux que tout le monde trouve un travail »… Royal s’exprime très lentement, je pense alors à ma prof d’histoire-géographie du collège qui disait parler lentement pour ne pas avoir à reformuler : aucune excuse possible. La seule différence est que la candidate socialiste reprend sa respiration tous les 3 mots, ce qui rend l’écoute particulièrement morne et plate.
Je me suis permis de sortir quelques minutes avant la fin pour ne pas avoir à subir la masse de la gauche caviar lyonnaise dont le fils à papa rêve de l’allocation d’autonomie proposée par l’Unef et reprise par Royal.



Bref, je sors avec un sentiment assez étrange. Concrètement je n’en sais réellement pas plus sur le fameux pacte présidentiel, par contre je sais quoi penser de Nicolas Sarkozy, et donc logiquement je devrais me rabattre sur la candidate socialiste, qui s’oblige à se former avec l’extreme-gauche pour espérer un résultat final, sans que cela choque personne.
C’est indirectement le front anti-Sarkozy, tant espéré, qui fait surface pour transformer ce second tour vers un référendum sur la personne du candidat UMP puisque cette gauche là n’a véritablement pas de programme.



Aujourd’hui 1er Mai, vous observerez cette gauche large, la gauche qui rêve encore de nous refaire le coup de Mai 1968, dans la rue avec une nouvelle cause : protéger la démocratie contre Sarkozy. Comme si le résultat d’un vote démocratique était à remettre en question parce que ça ne fait pas plaisir à cette gauche là. Surtout les mecs, ne bougez pas, nos amis pouilleux vont vous dire quoi voter, le couteau sous la gorge.
Ne vous inquiétez pas, tout est prêt. Les comités anti-sarko sont déjà sur pieds, montés par le Parti Socialiste par l’intermédiaire du MJS, et avec la participation des jeunes communistes, ReSo et toute la clique des crasseux habituels.
Je sors avec ce sentiment encore plus fort que cette gauche là cherche à généraliser ses idées clientélistes en jouant sur l’ignorance des gens et la pseudo peur d’un candidat.
Je sors avec ce sentiment que cette gauche française n’est pas prête d’évoluer vers le sens démocratique de par ses méthodes aussi basses que leur niveau intellectuel.
Je sors avec la vision que si le Parti Socialiste arrive à nous faire son coup mathématique, nous allons encore retrouver des communistes dans un gouvernement socialiste.

Plus que jamais, la gauche : otage de l’utra gauche.

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